# Décarboner l'industrie : électrification, hydrogène, captage

> Réduire les émissions de l'industrie suit un ordre logique : l'efficacité, puis l'électrification, puis l'hydrogène et les molécules bas-carbone, enfin le captage. Tour d'horizon des leviers et du cadre qui les pousse.

- Source : https://industryhub.site/fr/learn/energy/decarbonation-industrie
- Parcours : Énergie & transition
- Niveau : Praticien
- Lecture : 6 min
- Langue : français

## Pourquoi l'industrie est difficile à décarboner

L'industrie pèse environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre ([GHG](/fr/glossary#term-ghg)). Une partie vient de l'énergie consommée ; une autre, plus difficile, vient du procédé lui-même — la calcination du calcaire pour le ciment, par exemple, émet du CO₂ par chimie, indépendamment du combustible. Décarboner l'industrie ne se résume donc pas à changer de fournisseur d'électricité : il faut agir à plusieurs niveaux, dans un ordre précis.

## Levier 1 : l'efficacité, toujours en premier

On ne décarbone bien que ce qu'on a d'abord rendu sobre. L'[efficacité énergétique](/fr/learn/energy/efficacite-energetique) réduit la quantité d'énergie à fournir, donc la taille — et le coût — de tous les leviers suivants. C'est l'étape la moins chère et sans regret : on la mène avant d'investir dans la production bas-carbone.

## Levier 2 : l'électrification des procédés

Remplacer un brûleur à gaz par un équipement électrique — pompe à chaleur haute température, four électrique, chaudière électrique — élimine les émissions directes **à condition que l'électricité soit bas-carbone**. C'est le levier le plus mûr pour la chaleur basse et moyenne température. Son frein : le coût de l'électricité face au gaz, et la puissance à raccorder.

## Levier 3 : l'hydrogène et les molécules bas-carbone

Là où la très haute température ou la chimie imposent une molécule, l'hydrogène prend le relais. Encore faut-il qu'il soit « bas-carbone » : produit par électrolyse avec de l'électricité décarbonée, et non par vaporeformage du gaz naturel. Compter **~50–55 kWh d'électricité par kg d'H₂** par électrolyse — d'où l'exigence d'une électricité abondante et décarbonée. La norme [ISO 19880](/fr/standards/iso-19880) encadre son usage. L'hydrogène vise l'acier, la chimie, les engrais — pas le chauffage diffus, où l'électrification est plus efficace.

## Levier 4 : capter le CO₂ (CCUS)

Pour les émissions de procédé incompressibles — ciment, chaux — reste le captage, l'utilisation et le stockage du CO₂ ([CCUS](/fr/glossary#term-ccus)). On capte le CO₂ à la cheminée, puis on le séquestre ou on le valorise. C'est le levier le plus coûteux et le moins mûr ; on le réserve à ce qu'on ne sait pas éviter autrement.

## Le cadre qui pousse : le prix du carbone

Cette trajectoire n'est pas que volontaire : elle est économiquement forcée. Le marché européen du carbone ([EU ETS](/fr/glossary#term-eu-ets)) met un prix sur chaque tonne émise — de l'ordre de **60 à 90 €/t CO₂** ces dernières années — et le mécanisme d'ajustement aux frontières ([CBAM](/fr/glossary#term-cbam)) l'étend aux importations. Beaucoup d'entreprises se fixent en plus des objectifs alignés sur la science du climat ([SBTi](/fr/glossary#term-sbti)). Décarboner devient ainsi un calcul de compétitivité autant qu'un choix environnemental.

## À retenir

Décarboner suit un ordre : d'abord l'efficacité, puis l'électrification avec une électricité bas-carbone, puis l'hydrogène pour ce qui ne peut être électrifié, enfin le captage du CO₂ résiduel. Le prix du carbone rend cette trajectoire économiquement nécessaire.
